Séminaire

Aspects et enjeux sociaux du langage

le 18 novembre 2021
10h30-12h30

Comment apprécier la force critique de nos concepts ?

Manon Him-Aquilli, université de Franche-Comté

Après être revenue sur différentes postures théoriques envisageant de manière opposée ce qu'est une recherche critique en SHS, je soumettrai à la discussion une réflexion collective en cours concernant les conditions de production de la recherche actuelle et leurs potentiels effets de récupération politique et/ou économique de concepts pourtant pensés comme "critiques" au départ. Je m’appuierai sur certains concepts qui mobilisent actuellement la sociolinguistique comme ceux « glottophobie » ou « intersectionnalité » et, à partir d’exemples précis, je verrai comment ils sont repris et réutilisés au-delà des champs scientifiques.

Accentism, et alors ?! Un exemple d’intervention pour contrer la discrimination basée sur l’accent.

Alice Henderson, université Grenoble Alpes, Axe 4 du LIDILEM

Selon Christophe Euzet, député (LRM) de l’Hérault dans une tribune publié dans Le Monde le 9 août 2020, l’accent serait « le dernier bastion de la discrimination ». Il le qualifie d’une forme de racisme et a réussi le 26 novembre 2020 à faire adopter par l’Assemblée National sa Proposition de loi 2473, qui :
vise à promouvoir la diversité de prononciation de la langue française en prohibant les ‘discriminations par l’accent’ que l’on constate factuellement dans les fonctions impliquant, tout particulièrement, une expression publique : le texte entend faire évoluer les mentalités.
 
Dans ce séminaire, j’aborderai la gestion de la diversité et de l’égalité en traitant l’accentism au sein d’une grande université publique en France, un contexte social très approprié pour observer l’impact qu’a l’accent sur les catégorisations, les assignations langagières et identitaires. Ce microcosme constitue mon terrain et mes participants sont les acteurs de divers statuts, langues et accents : les étudiants, les enseignants et le personnel non-enseignant. Même au sein de ce contexte explicitement plurilingue et pluriculturel, on a néanmoins tendance à passer sous silence la co-existence de plusieurs variétés d’une même langue et des représentations qui y sont associées.
 
L’accentism (aussi appelé discrimination linguistique ou glottophobie selon Blanchet, 2016) est problématique à l’université puisque, quand ses acteurs se rencontrent sur leurs lieux de travail, ils éprouvent des difficultés de compréhension orale liées à la diversité des prononciations, ici du français et de l’anglais. Ces difficultés peuvent nourrir ou renforcer des préjugés, ou révéler les valeurs en conflit, menant souvent à une discrimination – qu’elle soit positive ou négative, consciente ou non (Hahn & Gawronski, 2019).
 
Comprendre un parler marqué par un accent ‘autre’ peut engendrer une fatigue cognitive réelle qui, ensuite, impacte l’attitude que nous avons envers celui/celle qui parle et notre capacité à nous approprier de l’information via leur voix (voir Gao et al., 2013). Ces deux volets de l’accent, cognitif et social, le situent comme objet de recherche clairement dans le champ de la psychologie sociale. Cependant, n’étant pas psychologue mais souhaitant faciliter les interactions orales sur les lieux de travail, j’ai mobilisé mes compétences de linguiste et de didacticienne de l’oral pour développer ce qui s’appelle une intervention de ‘prise de distance’ (Vorauer, 2013) auprès de ces différents publics.  J’utilise le terme ‘intervention’ pour désigner toute action motivée par l’intention d’interférer avec un processus afin de l’arrêter ou le modifier (American Psychological Association).


Mon objectif est de préparer les ‘usager·es’ d’un campus universitaire aux interactions orales entre locuteurs·trices de langues ou accents différents. Concrètement, lors de mes interventions les participant·es (étudiant·es, employé·es des BUs ou de la scolarité) sont confronté·es à leurs biais implicites, ce qui va constituer une précondition pour la modification des évaluations discriminatoires (Hahn & Gawronski, 2019 ; Roessel, et al. 2017, 13 et 2020)
 
En contraste avec une approche de l’oral centrée sur l’individu qui parle, j’argumente en faveur d’une focalisation sur l’individu qui écoute, car les recherches nous montrent qu’il est possible (voire plus facile) d’adapter son écoute que sa façon de parler (voir Skoruppa & Peperkamp, 2011 ; Baese-Berk et al., 2013).
 
Pour résumer, après avoir situé mes recherches dans un cadre théorique interdisciplinaire, et expliqué mes choix méthodologiques, je présenterai des résultats quantitatifs et qualitatifs de plusieurs interventions auprès de ces publics.
 
References

Localisation

Saint-Martin-d'Hères - Domaine universitaire
Petite salle des colloques
Mis à jour le 12 novembre 2021