Vote de deux motions au Lidilem

3 février 2020 - 15 avril 2020

Motion LPPR

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Nous, membres du Laboratoire Lidilem, exprimons notre opposition résolue aux principales orientations qui s’expriment dans les trois rapports remis à la Ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, et qui risquent de se retrouver dans le projet de loi de programmation pluriannuelle de la recherche en préparation. En effet, ces orientations risquent de poursuivre et d'aggraver les difficultés de nos universités et d'affaiblir la recherche française en systématisant la précarisation de ses personnels, en renforçant la mise en compétition des établissements et des chercheur.ses et en alourdissant la bureaucratisation de nos activités. La LPPR annonce des carrières hachées pour nos collègues les plus jeunes, en accentuant la précarité de leurs statuts. Associée à la réforme des retraites qui entraînera une réduction des pensions, ses orientations constituent une remise en cause fondamentale du statut des enseignants-chercheurs et entraineront une baisse d’attractivité des métiers de l’enseignement et de la recherche. D'inspiration néolibérale, ces orientations mettent gravement en danger le service public de l’Université, déjà sévèrement affaibli par plusieurs années d'austérité budgétaire.
Contre cette logique, nous défendons une recherche créative et indépendante, basée sur la coopération et l'égalité territoriale plutôt que sur la concurrence et la concentration des moyens sur les sites dits d'excellence. Nous défendons un enseignement de qualité étroitement lié à la recherche, accessible au plus grand nombre, ce qui a fait l'attractivité et la performance de notre système pendant des décennies tant pour les étudiants français qu'étrangers. Nous rappelons que la France, avec 2,27 % du PIB investis pour la R&D en 2015 [1], est loin derrière la Corée du Sud (4,3 %), le Japon (3,3%), l'Allemagne (2,9%) et les Etats-Unis (2,8 %), une part importante de ses dépenses ayant par ailleurs été captée par les entreprises privées sous forme d'un Crédit d'Impôt Recherche dont l'efficacité est contestée [2]. Pour atteindre les 3 % d'investissements réclamés par la stratégie de Lisbonne, nous réclamons un plan pluriannuel de recrutement d’enseignant.e.s-chercheur.ses et de personnels administratifs, la revalorisation des traitements et salaires, l’augmentation du nombre de contrats doctoraux, la hausse des budgets récurrents des laboratoires et la préservation des 192 heures d’enseignements statutaires, seuls compatibles avec le maintien d’une activité de recherche dynamique à l’université et d'une véritable indépendance scientifique [3].

[1] https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid56383/grands-chiffres-de-la-recherche.html
[2] https://www.snesup.fr/sites/default/files/fichier/cneser-ces-cir-20190416-vote.pdf
[3] https://aoc.media/opinion/2020/01/27/universitaires-la-fin-de-lindependance/


Motion Réforme des retraites

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Nous, membres du Laboratoire Lidilem, exprimons notre rejet du projet de réforme des retraites présenté par le gouvernement Philippe. Ce projet, outre les incertitudes juridiques qu'il comporte, et qui ont été pointées par le Conseil d’État, fait peser sur le système par répartition un risque de faillite à moyen terme [1][2]. Le report inévitable de l'âge d'équilibre aboutira mécaniquement à une diminution moyenne du taux de remplacement (niveau de la retraite par rapport au dernier salaire) [3]. Contrairement aux objectifs affichés par le gouvernement, cette réforme vise sans le dire à élargir progressivement le marché des fonds de pension [4], comme en témoigne l'exonération de cotisation pour les salaires au-delà de 120 000 euros. En outre, pour les fonctionnaires, dont les traitements sont en moyenne plus bas que dans le secteur privé à qualification égale [5], et dont les carrières sont ascendantes, le nouveau système se traduira par une diminution drastique du niveau des retraites. Après des années de gel du point d'indice, il s'agit d'une nouvelle atteinte aux services publics, dont la qualité dépend de l'investissement de l’État et de l'attractivité des carrières. En tant qu'universitaires attachés à un service public de l'enseignement et de la recherche de qualité, ouvert à toutes et tous, garant de l'indépendance tout autant que de la performance scientifique, nous demandons le retrait immédiat de cette réforme.

[1] du fait de la diminution globale des cotisations patronales (de 24 % à 17% environ) qui ne sera pas compensée par l'augmentation prévue des cotisations salariales, cf. https://www.alternatives-economiques.fr/guillaume-duval/reforme-risque-de-desequilibrer-fortement-financement-retraites/00091464
[2] https://www.retraite.com/reforme-retraite/taux-de-cotisation-vieillesse-dans-le-nouveau-systeme-de-retraite.html
[3] https://blogs.alternatives-economiques.fr/zemmour/2019/11/30/la-valeur-du-point-ne-pourra-pas-baisser-mais-le-niveau-de-votre-pension-si
[4] https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/enfin-des-fonds-de-pension-en-france-1128461
[5] https://www.liberation.fr/debats/2020/01/14/les-fonctionnaires-sacrifies-sur-l-autel-du-systeme-universel-de-retraites_1772791
Mis à jour le 4 février 2020